La Prise de Refuge 2

« Comme les sensations s’insinuent dans le corps,

L’ignorance niche dans les émotions négatives. » Aryadeva

His Holiness the Dalai Lama waving to the crowd on his arrival to the teaching ground at Thiksey Monastery in Ladakh, India on August 9, 2016. Photo/Tenzin Choejor/OHHDL www.dalailama.com

* Hinayana

« Abandonné dans l’océan sans fond du cycle de l’existence,

Dévoré par les féroces monstres marins

De l’attachement et des autres sentiments de nature analogue,

Vers quoi puis-je me diriger pour prendre refuge maintenant? »

Dignaga

 

Si nous sommes confrontés à des circonstances défavorables que nous ne pouvons pas surmonter, nous nous tournons vers une source de protection fiable, à la recherche d’un refuge à l’adversité. Lorsqu’une pluie torrentielle s’abat, nous nous abritons sous un toit, quand le froid s’accentue, nous augmentons le chauffage. Voilà comment nous remédions à des problèmes ponctuels. Au cours de l’enfance, le giron d’une mère est l’ultime refuge. L’amour maternel est si puissant que nous pouvons sans hésiter, devant une situation effrayante à l’âge adulte, pousser un cri du cœur : « Mère! »

 

Dans le même esprit, la plupart des religions mondiales ont créé cette forme de soutien fondé sur la foi. Les fidèles des religions monothéistes trouvent un refuge suprême auprès de leur dieu créateur. Pour prendre un ultime refuge, les bouddhistes se tournent vers trois objets fondamentaux connus comme les « Trois Joyaux ».

 

Le refuge bouddhiste

 

La prise du refuge est motivée par le besoin de protection face à une situation malencontreuse. Dans le cadre de l’éveil, il est question des émotions négatives qui sont perçues comme fauteurs de trouble. Nous voulons nous en protéger. Une prise de refuge ponctuelle est insuffisante pour se défaire des ennemis de la conscience.

 

Pour le bouddhisme, le refuge pour ceux qui veulent se libérer des émotions négatives se fonde sur trois principes : le Bouddha qui enseigne la voie de la libération, ses enseignements qui sont la source profonde de la protection, et la communauté de ceux qui suivent les enseignements et qui soutiennent le pratiquant pour mener à bien cette résolution intérieure. Ils sont appelés « Trois Joyaux » car ils sont des objets précieux qui libèrent des maux du cycle de l’existence.

 

Une personne dans la démarche de la prise de refuge dans les Trois Joyaux doit être persuadée de l’existence de l’omniscience de la bouddhéité. La vie du Bouddha Shakyamuni en Inde, il y a plus de 2500 ans, est pleine d’émerveillements, mais il n’est pas facile de se persuader qu’il ait atteint la perfection du corps et de l’esprit. Raconter une histoire est insuffisant. Mettre en évidence la possibilité de se libérer du cycle des naissances est donc indispensable, et pour cela, il faut définir les moyens pour y parvenir. Le pratiquant doit se fier à la méditation profonde sur la connaissance non conceptuelle, et aux états de conscience libérés des problèmes que cette sagesse apporte.

 

Convaincu par les voies et les états qui font de la libération une réalité, vous comprenez qu’il est possible de prendre refuge dans le Bouddha, le Dharma (ses enseignements) et la Sangha (la communauté spirituelle). Laissez-moi vous expliquer comment développer une telle conviction.

 

Comme je l’ai affirmé depuis le début de ce livre, l’appréhension de l’absence de soi et la perception de la vacuité de l’existence inhérente font cesser nos malheurs. Nagarjuna, dans Le Traité de la voie médiane, dit :

 

« Quand les émotions aliénantes et les actes négatifs

Cessent, la libération arrive

Les émotions et les actes négatifs sont les produits de conceptions fallacieuses

Qui naissent d’une pensée conceptuelle erronée

Pensée qui cesse avec la vacuité. »

 

La perception erronée de l’existence intrinsèque pousse une réflexion erronée qui, à son tour, produit des émotions négatives de désir, de haine, etc. De la force de ces émotions destructives naissent les actes (karmas) souillés dont les empreintes dans le continuum de la conscience influencent les renaissances réitérées dans le cycle de la souffrance. La mise en œuvre de la pratique de la vacuité met un terme à la multiplication des appréhensions confuses et dénaturées de soi, des autres, et des objets. La sagesse détruit les émotions négatives pour nous libérer du cycle de l’existence, c’est la disparition finale de nos problèmes.

 

L’ignorance est la source de la misère. Elle nous emprisonne dans la tourmente des émotions négatives et dans les ennuis. Aryadeva, disciple de Nagarjuna, formule cela ainsi :

 

« Comme les sensations qui s’insinuent dans le corps,

L’ignorance niche dans les émotions négatives.

Pour cette raison, les émotions aliénantes sont vaincues

Quand l’ignorance l’est. »

 

Comme cela a été précisé, « ignorance » ne porte pas seulement sur une méconnaissance de la véritable nature des phénomènes, mais sur une notion erronée relative à l’aspect indépendant et intrinsèque des personnes et des objets. La prise de conscience que les phénomènes sont interdépendants d’autres phénomènes nous libère de cette ignorance. Aryadeva poursuit :

 

« Avec la compréhension de la production conditionnée,

L’ignorance imaginatrice ne se perpétue plus.

Pour cette raison, de toutes mes forces

Je m’appliquerai à l’expliquai. »

 

« L’ignorance imaginatrice » confond dépendance et indépendance. L’antidote consiste donc à voir clairement la relation qui est désignée sous le terme de production conditionnée ou origines interdépendantes.

 

Quand nagarjuna dit que la conception erronée et féconde de l’inhérente existence s’arrête avec la vacuité, qu’est-ce que la vacuité ? Il répond qu’elle signifie production conditionnée :

 

« Nous expliquons que la production conditionnée

Est vacuité.

Ce qui signifie avoir des origines interdépendantes.

Ce qui veut dire qu’elle est la voie médiane. »

 

La vraie nature de choses est ainsi déterminée, elles sont vides ou niassent conditionnées. Nagarjuna poursuit :

 

« Parce qu’il n’y a aucun phénomène

Qui ne soit pas d’origines interdépendantes

Il n’y a pas de phénomènes

Qui ne soient pas vides d’inhérente existence. »

 

Toutes les choses sont à l’origine conditionnées, et en suivant les incidences de ce principe, nous en concluons que les phénomènes sont vides d’existence inhérente. Partant du fait que les phénomènes sont interdépendants, on aboutit à la conclusion que les phénomènes n’ont pas de nature autonome. Cette réalité s’imposera au mental si cette idée est ressassée régulièrement.

 

Le raisonnement analytique aide à établir que l’apparence de complète indépendance des phénomènes est erronée. Les cinq sens corporels surestiment leur statut en donnant aux personnes et aux objets un caractère autonome. Puisque l’expérience prouve que les choses reposent sur le principe d’interdépendance, vous pouvez décider que les phénomènes ne sont pas autonomes, en ayant au moins une vague idée de la vacuité de l’existence inhérente.

 

Voilà comment la contemplation méditative révèle la vacuité de l’existence inhérente. Un psychologue avisé me raconta qu’il considérait, après observation, que quatre-vingts à quatre-vingts dix pour cent de la force de l’émotion créée sous l’emprise du désir ou de la haine est démesurée. Sans avoir étudié les assertions de Nagarjuna, par l’analyse, il a aboutit à cette conclusion. Un examen objectif permet donc de comprendre que l’hypothèse erronée, qui pose le principe d’une nature indépendante et autonome des phénomènes, est à l’origine du désir et de la haine.

 

Lorsqu’une émotion négative vous envahit, vérifiez si la personne ou la chose qui motive désir ou haine existe vraiment telle que vous la voyez. Quand vous arriverez à percevoir dans l’apparence le motif de cette réaction exagérée, l’émotion destructive née de cette conception erronée s’affaiblira comme si elle était anéantie.

 

Ne pas s’interroger sur les apparences, mais les accepter telles quelles, en considérant que l’objet ou l’individu est agréable ou détestable, motive un profond désir pour lui ou une répulsion intense. À ces moments-là, le jugement est catégorique : « Il est affreux! » « Elle est vraiment atroce ! » « Il est génial ! » « Elle est étonnante ! » mais, dès l’instant où vous réalisez que ce ressenti extrême, positif ou négatif, inhérent à la personne, n’existe pas en définitive, l’émotion surgie sur une exagération régresse. Dès que l’erreur commise est reconnue, elle s’élimine.

 

Laissez-moi vous raconter une histoire. Ling Rinpoché fit l’ainé de mes tuteurs. Quand nous étions encore au Tibet, avant l’invasion chinoise, il désirait une table en laque. Il demanda à un de ses domestiques d’aller en chercher une chez un artisan chinois de Lhassa. Lorsqu’il arriva à la boutique, l’artisan était assis, gémissant, le regard fixé sur une tasse à thé ancienne brisée dans la main. Il expliqua que la colère l’avait envahi et qu’il avait jeté l’antiquité violemment sur le sol. Soit il avait perçu la tasse comme cent pour cent horrible et l’avait brisé, soit il avait eu un client cent pour cent désagréable dans sa boutique ; et il avait brisé la tasse pour se soulager de sa colère. Son courroux retombé, il appréciait de nouveau les qualités remarquables de l’antiquité qu’il tenait, cassée, dans sa main, en soupirant. Son mauvais point de vue s’était dissipé.

 

Dans des situations comparables, vous pouvez voir avec lucidité que la haine ou le désir est en corrélation avec des qualités apparentes – un aspect positif ou négatif – comme si elles étaient objectivement et réellement inhérentes à un objet ou à une personne. Néanmoins, cela ne signifie pas que ce qui est positif ou négatif, comme ce qui est bénéfique ou nuisible, n’existe pas, bien au contraire. Mais ces qualités ne sont pas indépendantes dans le sens où elles apparaissent dans un esprit plein de haine ou de désir.

 

L’analyse réalisée sous cet angle montre que les émotions négatives reposent sur une conception erronée, sur l’ignorance de la véritable nature des choses. Aryadeva dit :

 

« Comme les sensations s’insinuent dans le corps,

L’ignorance niche dans les émotions négatives. »

 

Savoir que le désir et la haine sont de mauvais états d’esprit, c’est comprendre qu’ils résultent d’une incompréhension selon laquelle les phénomènes existent indépendamment, de manière autonome, alors que ce principe est erroné et n’a aucun fondement valable. La sagesse qui permet de percevoir que chaque chose est interdépendante en résultera. En méditant sur cette idée de plus en plus profondément, la prise de conscience se renforcera naturellement et vous deviendrez de moins en moins réactif aux pulsions de haine ou de désir.

 

Ce processus montre comment, avec l’analyse, le comportement se modifie progressivement, et, éventuellement, le mental se transforme. Grâce à ce cheminement, la confiance se développe envers ce qui peut vous protéger réellement, envers ce qui est vraiment un foyer pour se réfugier. La sensation ou l’inspiration de la capacité de l’éveil se renforce. Car les qualités ancrées dans le mental évoluent en permanence, à l’inverse des caractéristiques physiques limités dans leur épanouissement par des contraintes corporelles. Les aptitudes mentales inspirées de la connaissance juste se développent pour atteindre un état illimité de la conscience.

 

Quatre sources authentiques

 

Pour l’ordre Sakya du bouddhisme tibétain, les paroles du Bouddha recueillies dans lesécritures sacrées justes ont inspiré des commentaires justes. Puis, avec le temps, les pratiquants, qui ont percé complètement le sens des paroles du Bouddha et de ses commentaires, sont devenus des gourous qualifiés, qui utilisent à leur tour ces textes dans leur enseignement. En se référant à leurs explications, les élèves acquièrent une pratique juste.

 

Ces quatre sources authentiques sont apparues dans cet ordre précis. Pour en avoir la certitude, il faut d’abord avoir une pratique juste, pour concevoir que cette pratique bénéfique provient des enseignements d’un gourou qualifié pour lequel nous éprouvons une totale confiance. Les préceptes du gourou assimilés, prenons l’exemple du Traité de la voie médiane de Nagarjuna, où le texte se révèle comme un commentaire juste. Puisque le traité s’inspire dans les écritures sacrées justes.

 

Pour moi, il y a deux sortes de pratiques justes. Les élèves d’un niveau spirituel élevé se sont déjà engagés, par exemple, dans la motivation altruiste de devenir éveillés, au point où leur volonté d’atteindre la bouddhéité pour aider les autres est sincère, sans aucune contrainte. Ils ont aussi compris la vacuité sur la base d’un raisonnement irréfutable, ou selon une perception directe. Leur pratique méditative est si profonde qu’ils ont atteint la clairvoyance et font des miracles. Nous ne sommes pas à ce niveau spirituel et ne possédons pas ces aptitudes. Au niveau inférieur, l’enthousiasme pour la pratique de l’amour et de la compassion conforte effectivement notre façon de penser dans les moments où le renoncement se manifeste ou lorsque la fierté s’impose. Parvenir à un tel niveau peut être incroyablement bénéfique.

 

Ainsi, bien que la véritable prise de conscience de l’idée de vacuité ne soit pas achevée, là aussi, la réflexion sur la production conditionnée et la vacuité apporte un peu de perspicacité, ce qui n’est pas vain dans la vie quotidienne. Cette démarche est aussi viable, pour se convaincre de la réalité de la causalité karmique. Face à une difficulté de la vie, pensez qu’il s’agit du résultat d’actes commis précédemment et qu’il faut l’affronter. Mais le découragement peut vous gagner avec le désespoir de ne pas surmonter la difficulté. Quant à la réflexion sur la souffrance, qui résulte des émotions aliénantes, dès que vous êtes sous l’emprise de l’ignorance, il n’y a pas de solution pour vaincre définitivement de tels problèmes. Que les difficultés soient internes ou externes, pensez que « la nature de la vie dans le cycle des renaissances est ainsi », les actes les plus négatifs, comme le suicide, seront au moins écartés.

 

Une fois que votre niveau de pratique de l’altruisme est véritablement efficace, nous pouvons avoir une bonne idée de l’incroyable bénéfice de chercher à le développer au point où il se manifeste naturellement. De façon similaire, dès que la perception, même faible, de la production conditionnée et de la vacuité est devenue un soutien indispensable, nous pouvons entrevoir l’énorme potentiel qui existe au niveau supérieur.

 

À ce faible niveau de pratique juste, nous pouvons reconnaître l’existence de gourous qualifiés qui nous aident à comprendre qu’il y a des commentaires justes aux enseignements du Bouddha qui sont les écrits sacrés justes. À partir de ces quatre sources authentiques, nous prenons confiance en la bouddhéité, comme l’état qui renferme l’expression de la profonde et immense perfection du mental et du corps.

 

À mon avis, c’est un cheminement raisonnable pour chercher à discerner les éléments authentiques du refuge : Bouddha, son enseignement et la communauté spirituelle. Grâce à la réflexion sur la vacuité, la perception de l’existence d’un état mental purifié s’affirme, et ainsi permet d’entrevoir les prises de conscience spirituelles qui proviennent de ce mental pur (la prise de conscience de la doctrine). Cela permet de distinguer ceux qui ont atteint des niveaux où ils s’engagent à réaliser cette pureté (la communauté spirituelle), ou encore ceux qui ont parachevé dans la perfection leur développement (bouddhas). Quand cela est assimilé mentalement, vous comprenez que la prise de refuge dans le Bouddha, sa doctrine et la communauté s’impose.

 

La compassion d’un bouddha

 

Pourquoi apprécions-nous tellement le Bouddha Shakyamuni ? Alors que sa grande compassion sans bornes s’étendait à un nombre inimaginable d’êtres vivants, aimant chacun comme une mère le fait avec ses propres enfants chéris, il émit le vœu illimité d’aider les êtres à vaincre l’ensemble des obstacles pour atteindre le bonheur. Et il travailla pour le seul bénéfice des autres pendant une période incommensurable. Au sommet de sa pratique, il atteignit une pleine prise de conscience et se purifia des souillures pour atteindre l’éveil. Il le fit seulement par considération pour les autres dans le dessein de les guider à atteindre le même état. Voilà pourquoi il convient de prendre refuge en lui.

 

Le maître bouddhiste et logicien indien du Vi siècle, Dignaga, dit :

 

« Hommage à celui qui est digne de foi

Qui a pris pour tâche de se consacrer au bien-être des vivants

Maître, le Bienheureux, le Protecteur. »

 

Bouddha fait autorité car, en dehors du désir d’aider les autres, il a parachevé sa pratique de la compassion. Avoir seulement un comportement altruiste étant insuffisant, il s’est consacré à la sagesse qui réalise l’absence du soi, accomplissant les pratiques pour surmonter les obstacles et obtenant ainsi une pleine prise de conscience. Puis il devint un protecteur authentique et incomparable pour les autres.

 

Nagarjuna présente la compassion comme une qualité primordiale, et Candrakirti, dans le préambule de son Introduction à la voie médiane, dit :

 

« La compassion est comparable

À la semence qui donnera une riche moisson,

L’eau qui la nourrit,

Et la maturation d’une grande jouissance.

Pour cela, depuis le début, je loue la compassion. »

 

Ainsi, les grands maîtres considèrent le développement illimité de la compassion du Bouddha Shakyamuni comme la raison suprême qui justifie qu’il soit tant estimé.

 

La prise de refuge

 

Selon le Grand Véhicule, la prise de refuge se pratique ainsi :

 

Prenez votre situation personnelle comme un exemple, puis méditez sur le fait que l’ensemble des êtres vivants dans l’univers désirent le bonheur et rejettent la souffrance, bien qu’ils soient sous l’influence de la souffrance. Puis dans la recherche du plein éveil d’un bouddha omniscient avec la perspective de les aider, vous prenez refuge dans les Trois Joyaux.

 

Le déroulement du processus sera plus facile si vous méditez et répétez les mots qui suivent :

 

Dans le Bouddha, dans la doctrine, dans la communauté suprême

Je prends refuge jusqu’à l’éveil

Grâce aux mérites du don et ainsi de suite, que j’applique

Puis-je atteindre la bouddhéité pour aider les êtres qui errent.

 

Le pronom « je » est répété trois fois. Quand vous réciterez cette stance, arrêter vous sur la nature du « je ».  Le « je » qui serait une entité indépendante de l’ensemble corps-esprit n’existe pas. Et au-delà, si vous y réfléchissez posément, l’hypothèse d’un « moi », dissocié du mental et du corps, comporte maintes contradictions. La logique prouve qu’il n’y a pas un tel « moi ». Quoi qu’il en soit, si nous nous fions au mental, un « moi » semble habiter l’ensemble corps-esprit, une sorte de superviseur comme un chef de rayon au milieu de ses vendeurs, mais il n’en est rien. Néanmoins, pour conclure brièvement, un examen attentif du « moi » montre qu’il est introuvable, alors qu’il existe sans conteste quand nous considérons le soi par rapport à autrui. D’où il résulte que le soi ou le « moi » sont simplement fondés comme une entité en relation avec le corps et l’esprit. La réflexion sur la nature du « moi » par la récitation des quelques lignes de la stance ci-dessus fera naître des dispositions mentales indispensables en terme de motivation compassionnelle et de sagesse de l’absence du soi.

 

Les actes du corps, de la parole et de l’esprit seront vertueux, neutres, ou non vertueux en fonction de leur intention. Pour cela, au début de chaque enseignement sur la foi bouddhiste, les lamas et les élèves récitent les quatre lignes du mantra de la prise du refuge dans les Trois Joyaux qui renforce le vœu d’altruisme. Pour éviter un mauvais chemin, nous prenons refuge. Et pour s’écarter de la voie de l’égoïsme, nous recherchons nos motivations dans l’intention altruiste d’atteindre l’éveil. Plus un lama enseigne la doctrine avec un état d’esprit positif, plus il accumulera du mérite et les bénéfices qui en résultent. Les étudiants qui écoutent les enseignements avec une disposition mentale positive sont pénétrés par les paroles qu’ils entendent, et avec la mise en œuvre des enseignements spirituels, ils deviennent vertueux. Voilà pourquoi, les lamas et leurs élèves doivent activement chercher refuge.

 

Jusqu'à l'éveil, je prend refuge en le Bouddha, le Dharma et la Sangha.

 

Les trois pratiques

 

Dans La Précieuse Guirlande des avis au roi, Nagarjuna expose les trois pratiques qu’un disciple de Bouddha doit étudier :

 

« Si vous et le monde souhaitez atteindre

Un incomparable éveil

Sa source est l’intention altruiste de l’éveil

Ferme comme le roi des pics montagneux

La compassion atteint la société entière

Et la sagesse ne repose plus sur la dualité. »

 

Prendre refuge en Bouddha exige une pratique de la compassion, la sagesse menant à la perception de la vacuité, et l’intention altruiste de devenir éveillé. Je les respecte au mieux qu’il m’est possible. Et au cours de ma vie, je me suis aperçu qu’elles ont été très bénéfiques, que mon bonheur s’est accru. S’il n’y a pas d’autre renaissance, je n’ai aucun regret. Car ces pratiques sont d’une aide satisfaisante dans cette vie. S’il y a une autre existence après celle-ci, je suis persuadé que les efforts faits pour pratiquer l’altruisme et le principe de vacuité induiront des effets favorables. Je n’ai pas encore la maîtrise complète de mon cheminement dans le cycle des existences, mais avec ces pratiques, je serai rassuré au moment de mourir de pouvoir guider ma renaissance à venir.

 

La compassion et la perception de la vacuité seront, pour vous aussi, d’une grande aide, elles vous rendront plus heureux. Certains bouddhistes, pendant leur méditation, se concentrent sur des dieux de la richesse afin de s’enrichir, des dieux de la médecine pour se protéger des maladies, des dieux de longévité pour atteindre un grand âge, et des dieux farouches pour acquérir de la force, mais rien ne vaut l’altruisme comme ressource infaillible pour que ces souhaits s’exaucent. L’altruisme apaise le mental. L’esprit en paix, vous vivrez plus longtemps, en pleine santé physique, les maladies et les affections mentales diminuent, et les amis se pressent autour de vous, sans qu’il soit besoin de recourir à la ruse ou à la contrainte.

 

Altruisme généré par l’amour et la compassion est la grande voie pour profiter de ces bienfaits. C’est la magnificence du bouddhisme. Imaginer s’entourer des dieux de longévité, de la richesse et de la médecine et réciter un mantra un milliard de fois ne permettent pas l’accomplissement de quoi que ce soit si les émotions aliénantes persistent.

 

Au Tibet, la population accorde une confiance immodérée à des centaines de dieux locaux. Parfois, je taquine certains Tibétains. Ils négligent la statue du Bouddha Shakyamuni souvent placée dans une chapelle au centre du temple, et se dirigent vers des salles obscures, dans un espace reculé, sur un coté ou en haut d’un escalier, qui abritent des déités protectrices locales à la bouche monstrueuse plantée de crocs, devant lesquelles ils frissonnent de peur. Lorsque l’on entre dans ces salles, on a le souffle coupé. Cette vénération pour les dieux locaux est un aveuglement. La foi doit être placée en Bouddha, il est le maître du refuge, l’ultime protecteur.

 

Les personnes qui suivent avec rigueur les enseignements du Bouddha Shakyamuni, qui ont atteint un stade minimal de prise de conscience et ont progressé dans la voie de la cessation de la souffrance appartiennent à la communauté spirituelle. Quant à celles qui, en plus, pratiquent l’altruisme à un degré où elles chérissent les autres plus qu’elles-mêmes, elles sont encore plus extraordinaires. Les personnes n’ayant pas atteint ces niveaux spirituels, mais qui pratiquent avec détermination, sont aussi des sources de refuge.

 

Les sources de refuge s’évaluent en fonction de la capacité d’analyse rationnelle et de l’objectivité. Le maître indien Shamkarapati dit :

 

« J’accepte comme maître

Ceux dont la parole est dotée de raison. »

 

L’enseignement, pour être une source valide de refuge, doit être soumis à un examen rationnel et être particulièrement bénéfique. Un célèbre scientifique chilien m’a confié qu’un chercheur ne doit pas être l’esclave de la science et je crois, en ce qui concerne le bouddhisme, que l’on ne doit pas, non plus, être trop attaché à la doctrine. Il faut plutôt valoriser les enseignements et le maître qui sait évaluer leur validité. Dans ce cas, l’approche scientifique et l’approche bouddhiste sont comparables.

 

En définitive, la doctrine révélée est le vrai refuge, le Bouddha est le maître du refuge et la communauté spirituelle est formée de ceux qui vous offrent leur soutien pour atteindre ce refuge. Avec la résolution de prendre refuge dans les Trois Joyaux, vous devez refouler le moindre acte nuisible à l’encontre des êtres vivants par la parole ou la pensée. Et saisir qu’ils ont tous sans exception des droits, même s’ils ne sont pas humains.

 

Sa Sainteté le Dalai-Lama

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