Trouver le

Bonheur en soi

< La nature de l'esprit est lumineuse. Les impuretés sont occasionnelles. >

Milarépa 

Exemples de personnes qui ont trouvé le bonheur

 

Il y a plus de 2550 ans, l’incomparable Enseignant compatissant est venu en la terre sacrée de l’Inde et a trouvé le bonheur qu’il cherchait. De même, plusieurs personnages renommés du Pays des neiges, le Tibet, ont trouvé ce bonheur, tels Djétsun Milarépa et Lama Tsongkhapa. Il est encore possible de consulter leurs biographies aujourd’hui.

 

Par conséquent, nous pouvons nous aussi bien sûr trouver ce bonheur si nous suivons l’exemple de ces sublimes modèles du passé.

 

Des preuves que l’on peut trouver ce bonheur 

Maitreya explique :

« La nature de l’esprit est lumineuse; les impuretés sont occasionnelles. »

Ainsi, il est dit qu’il est possible de trouver le bonheur en soi, mais seulement au moment où l’esprit est libéré des impuretés occasionnelles. Les grands maîtres Milarépa et Tsongkhapa tel l’Enseignant compatissant ont atteint le bonheur après y avoir mis beaucoup d’efforts. Si nous déployons nous aussi des efforts, pourquoi ne nous serait-il pas possible d’atteindre ce bonheur?

Bien que les impuretés soient occasionnelles et que l’esprit soit de nature lumineuse, si nous ne faisons pas d’efforts pour les éliminer, l’esprit de nature lumineuse ne pourra jamais être libéré de ces impuretés. C’est valable même si nous attendons durant des centaines d’éons.

Par exemple, si nous ne travaillons pas au printemps pour réunir toutes les conditions qui permettront aux graines de pousser (terre, engrais, chaleur, humidité), est-il besoin de mentionner qu’il sera inutile d’espérer une récolte à l’automne? Le grand Mouni [1] a dit :

« Sachez que je vous montre la méthode pour vous libérer, mais la libération ne dépend que de vous-mêmes. »

Le Bouddha a enseigné il y a plus de 2550 ans la voie extraordinaire conduisant à la libération. C’est uniquement parce que nous ne l’avons pas mise en pratique que nous subissons toujours aujourd’hui, bien involontairement, de multiples souffrances et problèmes. Nous sommes les seuls responsables. Le Bouddha ou la libération ne sont pas en faute. Par exemple, il peut arriver qu’un habile médecin donne un puissant médicament à un patient, mais que ce dernier ne le prenne pas. Dans ce cas, même l’habile médecin, le puissant médicament ou la gentille infirmière ne pourront procurer la guérison au patient.

 

Pour cette raison, à partir de maintenant, réalisons que la libération des grandes souffrances que nous vivons et des grands problèmes dans lesquels nous sommes impliqués ne dépend que de nous. Ainsi, en abandonnant de notre mieux les causes de la souffrance en cultivant le plus possible les causes du bonheur, pourquoi ne pourrions-nous pas trouver le bonheur? Le Mouni a dit :

 

« Je suis mon propre ennemi; je suis aussi mon propre protecteur. »

 

Ce bonheur que l’on cherche ne se trouve pas à l’extérieur de nous : chez un conjoint, dans la famille, au travail, dans le matériel, etc... La chirurgie plastique, le changement de conjoint, de sexe, de travail, le déménagement, la nourriture et les vêtements peuvent procurer un petit bonheur temporaire, mais ne permettront pas de trouver le vrai bonheur profond et durable.

 

Certains cherchent le bonheur dans des actions négatives telles que l’inconduite sexuelle, l’alcool, les jeux d’argent, etc... Ils croient même qu’il n’existe pas de plus grand bonheur que celui éprouvé lors de ces activités. C’est contraire à ce qu’affirme l’enseignement bouddhiste.

 

En effet, il importe de savoir que ces actions engendrent la souffrance de l’insatisfaction, des fluctuations faisant passer par des hauts et des bas, de l’incertitude, etc... On ne suggère pas ici qu’il faille abandonner ces activités. On explique simplement que ces sortes de souffrances sont causées par elles.

 

En résumé, la décision d’abandonner les causes de la souffrance ou de cultiver les causes du bonheur repose entre nos mains. Nous en avons l’entière liberté et personne d’autre ne peut le faire à notre place. Ainsi, si l’on ne désire pas souffrir, on doit soi-même abandonner ce qui en est la cause. Si l’on désire être heureux, on doit soi-même en cultiver les causes.

 

Le bonheur et la souffrance ne peuvent être expérimentés que dans le présent. Le passé et le futur n’existent en effet qu’en tant que désignations conceptuelles. Il existe plusieurs positions philosophiques quant à l’existence ou non du passé et du futur. Dans la tradition suivie ici, tout ce qui existe est du domaine du moment présent.

 

Comment trouver le bonheur en soi

 

A nouveau Maitreya a dit :

 

« La nature de l’esprit est lumineuse. Les impuretés sont occasionnelles. »

 

Cela signifie que le bonheur peut s’expérimenter une fois que les antidotes aux impuretés occasionnelles que sont la colère, le désir-attachement, l’ignorance, la jalousie et l’orgueil ont été appliqués. Si l’on n’applique pas ces antidotes, on ne pourra pas trouver le bonheur en soi, même si l’esprit est à la base de nature pure et lumineuse.

 

1) Dans le chapitre sur la tolérance, on a vu que la colère consiste en une attitude hostile survenant au contact d’un phénomène source de souffrance. Ce facteur mental a pour fonction d’empêcher le maintien du bonheur en endurant les méfaits. La colère se compare à un feu qui s’allume. Elle possède de grands désavantages tel celui de détruire les racines de vertus. Il est important de cultiver la tolérance car c’est un antidote à la colère. Prenons le temps de vérifier si nous pourrions également maîtriser tous nos ennemis. En fait, il restera toujours des ennemis à maîtriser, et ce jusqu’à ce qu’il ne reste plus un seul être sensible. Si par contre nous maîtrisons notre colère, nous n’aurons plus un seul ennemi. Ce sera comme si nous les avions tous maîtrisés.

 

2) Le désir-attachement est un facteur mental qui s’intéresse à un objet source de souffrance d’aspect attrayant et considère difficile de s’en séparer. Sa fonction consiste donc à générer de la souffrance. Tel une goutte d’huile qui s’imprègne dans un tissu, l’esprit qui s’attache à un objet ne peut que très difficilement s’en séparer. L’antidote au désir-attachement est la méditation sur le détachement. Par exemple, si l’on est attaché au corps, on doit contempler ses éléments repoussants : il est empli de sang, il se décompose, il se dégrade, il devient laid, il dégage des odeurs nauséabondes, il contient de l’urine et des excréments, etc... En se remémorant continuellement comment il a été, il est et sera toujours, impur et malpropre, méditons sur le détachement. On peut aussi méditer sur le fait que si on recherche l’objet de notre attachement, on découvre qu’il est sans existence propre, tel le reflet de la lune sur un lac. C’est une illusion de penser que ce reflet représente sa vraie nature.

 

3) L’ignorance est l’absence de compréhension ou la compréhension erronée d’un phénomène observé, quel qu’il soit. La fonction de ce facteur mental est de supporter l’émergence des émotions perturbatrices. L’antidote à l’ignorance est la connaissance de l’interdépendance et des différentes classes de phénomènes, dont la médecine, les arts, la grammaire, la logique et la philosophie. Son antidote peut également être l’absence de confusion par rapport aux éléments grossiers et subtils expliqués par la science. C’est aussi l’absence de confusion par rapport au sens des religions, qui visent toutes le bonheur du monde. Bref, c’est l’obtention d’un esprit stable et clair résultant d’une analyse parfaite de ce qui existe autant à l’intérieur qu’à l’extérieur de nous.

 

4) La jalousie consiste en une impatience et un état d’esprit profondément dérangé par le fait que les autres bénéficient d’excellentes conditions. La fonction de ce facteur mental est de générer un inconfort de l’esprit. Son antidote est la réjouissance et l’entretien d’une disposition mentale joyeuse.

 

5) L’orgueil est un état d’esprit empreint d’arrogance lorsqu’on observe sa propre personne. La fonction de ce facteur mental est d’endurer l’irrespect et la production de souffrance. C’est comme regarder du sommet d’une montagne les autres en bas qui apparaissent minuscules. Cet esprit arrogant est un sentiment de supériorité qui fait idéaliser sa propre personne et déprécier les autres. L’antidote permettant d’anéantir l’orgueil est la  réflexion sur la maladie, la vieillesse, la mort, l’incertitude, les aléas ou sur tout ce que l’on ne connaît pas. Par exemple, la contemplation répétée de tout ce que l’on ignore qui existe au sein de notre propre corps, à l’intérieur comme à l’extérieur, du sommet de la tête jusqu’à la plante des pieds, diminuera notre orgueil. Shantidéva dit :

 

« Bien que l’on souhaite éliminer la souffrance, on poursuit uniquement la souffrance. Bien que l’on désire le bonheur, à cause de notre confusion, on le détruit tel un ennemi. »

 

Bien que l’on désire être heureux, on ignore comment créer les causes du bonheur. Bien que l’on ne désire pas souffrir, on ignore comment abandonner les causes de la souffrance. Pour ces raisons, on est encore soumis à la souffrance. Il faut penser que nous expérimentons ce résultat parce que nous sommes dans l’erreur. Le Mouni a dit :

 

« Les Mounis ne lavent pas les fautes avec de l’eau. Ils n’éliminent pas la souffrance chez les êtres en les touchant de leurs mains. Ils ne transfèrent pas leurs propres réalisations chez les autres. Ils libèrent en enseignant la vérité de l’ainsité. »

 

Les classifications du bonheur

 

Chaque être sensible, selon ses dispositions et ses intérêts, a une conception différente du bonheur. Cependant, au sein de la philosophie bouddhiste tibétaine, le bonheur se divise en deux : le bonheur des conditions élevées et celui des états ultimes.

 

Le bonheur des conditions élevées

 

Le bonheur des conditions élevées est expérimenté par ceux qui connaissent des renaissances favorables (contrairement aux mauvaises renaissances). Ces renaissances sont appelées heureuses car on n’y expérimente pas de souffrances extrêmes liées à la chaleur ou au froid, la faim et la soif, la stupidité et la confusion, etc... On y profite également de plaisirs associés aux cinq sens (formes et couleurs, sons, odeurs, saveurs et textures agréables). Bonheur des conditions élevées et bonheur temporaire sont synonymes.

 

Voici des exemples de bonheur des conditions élevées dans la vie quotidienne : pouvoir se coucher et se lever lorsqu’on le veut, se réchauffer lorsqu’on a froid, se rafraîchir lorsqu’on a chaud, manger lorsqu’on a faim, boire lorsqu’on a soif, acquérir des connaissances dans divers domaines et développer les sagesses de l’écoute, de la réflexion et de la méditation pour se libérer de l’ignorance et la confusion. Tous ces types de bonheur des conditions élevées sont accessibles aux humains.

 

Il en est de même de la liberté d’aller en vacances en famille sur une île, une plage, un beau parc et tout autre endroit agréable. Il en est ainsi du bonheur mental ressenti par l’intermédiaire de :

 

- la conscience visuelle (exemple : un film au cinéma ou tout autre objet visuel agréable à regarder);

- la conscience auditive (l’écoute de sons agréables comme une belle musique);

- la conscience olfactive (la perception d’odeurs agréables tel de l’encens);

- la conscience gustative (la dégustation de la saveur délicieuse d’un dessert);

- la conscience tactile (le contact de tissus doux au toucher);

- la conscience mentale (l’expérimentation de plaisirs autres que physiques).

 

Ainsi, les humains dans des conditions élevées peuvent expérimenter ce bonheur par le biais des six consciences. Il faut donc constamment se rappeler que la vie humaine n’est pas seulement faite de souffrance. Elle comporte ces sortes de bonheur.

 

Nous ne profitons pas de notre précieuse vie humaine si nous passons notre temps à ressasser nos souffrances quotidiennes. Il faut reconnaître les avantages de notre vie actuelle et la chance que nous avons de pouvoir nous libérer dès maintenant des souffrances et d’atteindre, ainsi, le bonheur de la libération.

 

Par ailleurs, ceux dont la nourriture et l’eau manquent, qui endurent la chaleur ou le froid extrêmes ou qui ne comprennent pas comment abandonner les causes de la souffrance et créer les causes du bonheur ne sont pas considérés comme étant dans des conditions élevées. La raison en est qu’ils sont continuellement privés du bonheur et ne réussissent pas à trouver les méthodes pour être heureux.

 

Le bonheur des états ultimes

 

Le bonheur des états ultimes se divise en deux : le bonheur de la libération et le bonheur de l’éveil. C’est d’abord l’état extraordinaire du bonheur des conditions élevées qui permet d’atteindre celui de la libération et de l’éveil. Faute d’y parvenir maintenant, souvenons-nous qu’il sera très difficile de trouver de nouveau un état dont les conditions sont aussi excellentes. La manière d’atteindre ces deux types de bonheur ultimes (celui de la libération et de l’éveil) est expliquée en détails dans les ouvrages du Lamrim [2].

 

[1] Autre nom donné au Bouddha Shakyamouni, le Bouddha historique.

 

[2] Consulter à cet effet L’essence de la voie vers l’éveil, publié au Centre Paramita, ou La voie de la lumière et La voie de la félicité, tous deux de Sa sainteté le Dalaï-Lama. 

 

Guéshé Lobsang Samten

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