Précieuse Vie Humaine 2

« La vie humaine recèle une abondance d’avantages, plus qu’un joyau qui exauce les vœux. En l’atteignant, qui pourrait la gâcher ? » Yogi indien Shura

His Holiness the Dalai Lama playfully speaking with students at the conclusion of their meeting at his residence in Dharamsala, HP, India on July 20, 2016. Photo/Tenzin Choejor/OHHDL www.dalailama.com

* Hinayana

« Pourquoi est-ce que je dénigrerais une vie si agréable

Lorsque je me comporte comme si cela était insignifiant,

Je me trompe moi-même.

Il n’y a rien de plus fou que cela. »

Tsongkhapa

 

Notre époque est désignée comme l’ère de la Lampe. Mille bouddhas devraient faire la lumière sur la sagesse réalisant l’absence du soi, l’antidote aux émotions destructrices.  Les textes bouddhistes désignent ce monde comme « tolérable », puisqu’il possède l’antidote contre la conception erronée de la nature du soi.  L’influence des émotions aliénantes n’est donc pas inaliénable, et nous pouvons tolérer cette vie déplaisante.

 

En l’absence de cet antidote, les émotions destructrices seraient omnipotentes. En ne niant pas l’existence d’un soi exagéré, nous nous cantonnons dans un état d’esprit qui autorise le soi à perdurer au fond de ces cœurs tournés vers « moi », « moi », « moi », un « moi » sans cesse réitératif, dont la valeur est si excessive. Par conséquent, les émotions aliénantes nous dominent, et nous tombons sous l’emprise d’une foule d’attitudes négatives. Heureusement, l’enseignement sur l’absence de soi va générer une sagesse qui permet de discerner cette méprise pour ce qu’elle est, et de surmonter l’ignorance.

 

Soyons conscients de la situation favorable dans laquelle nous nous trouvons à présent. Aucune raison majeure ne peut nous empêcher de pratiquer une religion, nous avons de nombreux acquis positifs. Une renaissance sous une forme inférieure à celle d’un humain nous aurait interdit le suivi d’un enseignement religieux. Impossible alors d’accéder à une pratique transformative, nous ne serions pas réceptifs à aucun enseignement. Dans la peau d’un animal, il est inimaginable que vous puissiez méditer sur l’impermanence, l’inexistence du soi ou émettre une intention altruiste d’atteindre l’éveil. Vous seriez incapable de développer un amour chaleureux et une compassion illimités. L’amour et une compassion que nous pourrions exprimer seraient alors mêlés de haine et de désir, rien en dehors de cela ne serait envisageable. Voilà la raison qui nous oblige à valoriser intérieurement cette naissance sous forme humaine.

 

Laissez-moi vous conter une histoire drôle. Il y avait un lama au Tibet qui, au cours d’un enseignement, expliquait combien il était rare d’accéder à une renaissance humaine. Un chinois dans l’assemblée se tourna vers une personne proche de lui et dit : « On dirait qu’il n’est jamais allé en Chine! »

 

Bien sûr, le simple fait de naître humain n’a rien en soi d’extraordinaire. Dans l’époque troublée qui précéda l’avènement de Bouddha ou l’apparition des grands maîtres religieux, naître en tant qu’humain ne donnait aucune chance de bénéficier de la clairvoyance de leurs enseignements. Vous avez décidément un avantage à naître dans de telles circonstances. Notre naissance a eu lieu sous l’ère de la Lampe, période où mille bouddhas surgiront, et durant laquelle les paroles du Bouddha Shakyamuni se sont déjà largement répandues à travers le monde. Nous avons une chance incommensurable.

 

En l’absence d’un de nos sens, la pratique est difficile. Aveugle, la lecture d’un texte est inconcevable; sourd, l’audition d’exposés oraux est impossible. Accablé par un abêtissement extrême, la moindre réflexion est tronquée. Nous avons évité tout cela, nos aptitudes mentales sont suffisantes pour pouvoir suivre une pratique religieuse. Nous sommes chanceux. Et si vous lisez ces mots, je suis persuadé que vous êtes sensibles à la religion. Ce sont des circonstances merveilleuses.

 

Une opportunité rare

 

« Celui qui naît sous forme humaine

Et qui commet des actes négatifs

Est encore plus fou que celui qui, avec ses vomissures,

Remplit un récipient d’or serti de pierres précieuses. »

Nagarjuna, La Lettre à un ami.

 

La renaissance sous forme humaine peut se réitérer au cours de la succession des vies, mais il serait intelligent de ne pas la gâcher. La vie en tant qu’humain est rare. Pourquoi ? Les phénomènes impermanents sont sous la dépendance de causes et conditions. Et le corps physique, véhicule de la vie bourré de potentiel, est le résultat de causes très favorables. Quelles sont ces causes ? La renaissance sous forme humaine demande, au cours de la vie précédente, le respect d’une moralité vertueuse. Par surcroît, une vie humaine où l’accomplissement de la pratique transformative est possible demande un engagement réel à être vertueux, comme à être charitable et patient. Et tous les actes méritoires doivent être accomplis en pleine conscience afin d’obtenir l’opportunité et les qualités requises à la pratique religieuse. Grâce à cette résolution, les actes ne seront pas souillés et ne laisseront pas d’empreintes karmiques dont les conséquences sont, par exemple, sous la forme d’un gentil animal.

 

Trois facteurs sont indispensables pour renaître doté de cette forme humaine précieuse : un comportement de grande moralité, être généreux envers les autres, et se consacrer à ces pratiques pour en récolter le fruit au cours de cette vie. Dans cette existence, les causes et conditions sont présentes pour nous assurer une prochaine renaissance salutaire comme celle que nous vivons actuellement. Malgré cela, la plupart d’entre nous, même en étant sensibles à l’effort spirituel et à ce qu’il peut apporter, sont toujours sous le joug de leurs émotions destructives qui mènent à des actes non vertueux par nature. Et quand nous nous appliquons à agir vertueusement, il en ressort rarement quelque chose d’excellent.

 

Pourquoi ? Le pouvoir manifeste d’un acte, vertueux ou non, repose sur sa préparation, son élaboration et sa complétion. Une action potentiellement vertueuse, comme la méditation par exemple, demande une motivation positive lors de sa phase préparatoire, un état d’esprit transcendant au cours de la phase méditative, un plaisir dans son accomplissement, et en définitive, la mobilisation de la force qui s’en dégage pour la consacrer à l’éveil altruiste sans aucun regret. Mais son contraire dans l’accomplissement d’actes non vertueux comme tuer, voler ou mentir, etc., existe aussi. Un tel acte inspiré par une émotion aliénante devient particulièrement négatif et puissant s’il effectue par excitation, sans le moindre remords, et finalement avec un sentiment de satisfaction.

 

Si les facteurs de la motivation sont médiocres, le résultat l’est aussi. Il est, en effet, difficile lors d’un exercice de méditation de maintenir une forte volonté comme la résolution de se libérer du cycle de l’existence, d’engendrer l’amour, la compassion et le vœu altruiste d’atteindre l’éveil. Comme il est astreignant de suivre les différentes étapes d’une profonde méditation sans être perturbé par la distraction.

 

Par surcroît, une puissante colère quoi qu’il advienne peut saper les effets d’un acte vertueux. Heureusement, atténuer les effets nuisibles d’un acte non vertueux est possible de quatre manières : en le dénonçant, en regrettant l’avoir fait, en s’engageant à ne plus le refaire, en se consacrant à des actes positifs comme se mettre, par exemple, au service de la communauté. L’irritation ou la colère jaillissent sans effort, alors que les actes positifs d’aveu, de contrition, de corriger ses intentions et de lutter contre les actes négatifs réclament une prise de conscience et un effort laborieux.

 

La perception des obstacles qui se dressent sur le chemin d’une renaissance favorable nous montre qu’il est difficile d’atteindre l’état spirituel d’un véritable pratiquant rigoureux dans ses actes, qu’ils soient physiques, oraux ou mentaux. À partir de ce constat, il devient évident que la renaissance dans cette précieuse enveloppe humaine n’a pas été facile à obtenir, et par conséquent, nous devons profiter de cette vie avec sagesse.

 

La nécessité de pratiquer sans attendre

 

« Puisque ce corps de circonstance et de libertés

Fut très difficile à obtenir, et dès qu’on l’a,

Il devient plus ardu de le mériter encore,

Donnez à cela un sens en vous efforçant à pratiquer. »

Atisha

 

Sachez apprécier le privilège et le potentiel du statut obtenu dans ce monde, réjouissez-vous et sachez l’utiliser au mieux. Dans ce contexte particulier, l’utilisation de la force de réflexion analytique sert à combattre les causes de la souffrance que sont les trois poisons : le désir, la haine et l’ignorance. Progressivement, avec le temps, la totalité des émotions destructives va disparaître, laissant l’opportunité d’avoir un comportement altruiste et des actes en fonction. Le maître yogi indien Shura dit :

 

« La vie humaine recèle une abondance d’avantages

Plus qu’un joyau qui exauce les vœux. En l’atteignant,

Qui pourrait la gâcher ? »

 

Chacun désire le bonheur et repousse la souffrance. Le bonheur et la souffrance résultent respectivement des actes vertueux ou non vertueux. Les destructions émotives rendent le mental agité et malheureux. Au stade où les émotions négatives diminuent, le mental devient plus joyeux et plus serein. La clé du bonheur est là dans ce mental insoumis. Il faut donc le discipliner à l’aide de la pratique transformative. Je recherche cette voie :

 

« Plus de dix milliards d’humains vivent sur terre, chacun d’entre eux veut le bonheur et refuse la souffrance. Ils se divisent en trois groupes : ceux qui acceptent la pratique transformative, ceux qui nient sa portée et ceux qui la rejettent. Ceux qui rejettent la pratique transformative en réalité ne perçoivent pas les émotions destructrices comme un problème. Ils comprennent bien que le désir et la haine sont toxiques, et acceptent les confusions intérieures qu’ils provoquent. Ceux qui s’engagent dans une pratique transformative, en particulier le bouddhisme, voient dans le désir et l’aversion des émotions qu’il faut détruire. Ils sont pour la plupart plus apaisés. »

 

Voilà pourquoi la pratique est utile. En tant qu’humains dotés d’extraordinaires qualités, nous avons la capacité de nous consacrer à la pratique, nous devons le faire. Rien ne nous garantit d’avoir d’aussi bons avantages dans une prochaine renaissance. Tsongkhapa dit :

 

Il faut penser : « Jour et nuit, je dois faire bon usage du corps qui est le mien, foyer de la maladie, à l’origine de la souffrance de la vieillesse, et sans substantialité comme une bulle. »

 

Utiliser cette vie avec intelligence

 

Comme nous l’avons vu, les principes bouddhistes et la pratique demandent une utilisation de la réflexion analytique. Les humains ont heureusement une formidable capacité à penser. À l’aide de la force de l’analyse, nous avons la possibilité de générer un altruisme à la portée incommensurable.

 

Pour développer, l’intention altruiste d’atteindre l’éveil, il est indispensable de bien discerner ce que signifie l’éveil. Pour cela, le mental de chaque être vivant doit être perçu comme vide d’existence inhérente. Cela fait prendre conscience que le concept d’existence inhérente est lui-même erroné. La nature profonde des êtres vivants repose sur leur aptitude à l’éveil qui est la nature du Bouddha.

 

La sagesse du discernement est essentielle pour comprendre que les êtres vivants possèdent une base pour atteindre l’éveil. Comprenez que vos problèmes résultent d’une perception mentale erronée qui fait apparaître le soi, les autres et les choses comme ayant une nature autonome. L’erreur entérinée, le cheminement vers l’éveil est possible. Éveillé, vous pouvez élargir cette réalisation à la totalité des êtres vivants. Tous peuvent atteindre l’éveil. Voilà posée la base qui servira à cultiver le vœu d’aider les autres jusqu’à l’éveil.

 

La sagesse de l’altruisme est inconcevable sans l’analyse. Sans elle, le flot continuel de la distraction vous perturbe. Avec elle, vous prenez conscience que les phénomènes qui apparaissent comme ayant une existence vraiment intrinsèque n’en ont pas. Voilà pourquoi les fidèles du bouddhisme à travers les âges ont toujours souligné que la renaissance sous forme humaine est inestimable.

 

Atteindre un haut niveau spirituel demande de la sagesse. Des êtres tels que Nagarjuna, en s’attachant à ces principes, ont atteint un niveau spirituel élevé. Et vous devez penser qu’il n’y a aucune raison pour ne pas en faire autant. Cette incitation est décisive.

 

Sa Sainteté le Dalai-Lama

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