La Grande Compassion

Cinquième Précepte

< Lorsque la compassion est ressentie spontanément, avec le souhait d’éliminer la souffrance des êtres vivants – comme un mère qui désire soulager son enfant chéri de la maladie -, alors la compassion est entière. Pour cela, elle est surnommée la grande compassion. > Kamalashila

His Holiness the Dalai Lama with Archbishop Desmond Tutu as they arrive for the third day of conversation for the Book of Joy at His Holiness's residence in Dharamsala, HP, India on April 22, 2015. Photo/Tenzin Choejor/OHHDL www.dalailama.com

*** Mahayana

COMPASSION

 

Pour cultiver la compassion, il faut prendre en compte les situations terribles où des êtres vivants sont enfermés. Ressentez dans votre cœur combien d’innombrables animaux sans défense sont exploités par les humains. Au cours d’un repas, nous faisons des critiques comme: « Cette viande est goûteuse! », « Cette viande est délicieuse! » Mais si l’on regarde de plus près, nous mangeons de la chair d’êtres vivants et rien ne nous y autorise. Les humains sont incroyablement gourmands. Nous devons nous interroger sur le grand nombre de fermes d’élevage de poulets, de cochons, ou les fermes piscicoles, et réfléchir autrement. Dans le passé, à travers le monde, les humains s’organisaient, plus ou moins, pour se nourrir à satiété. Ils ne tuaient pas les animaux à l’échelle où on le fait aujourd’hui. Afin de faire plus de profits, de grandes entreprises se sont formées pour exploiter les animaux. En réfléchissant à cette souffrance animale, nous ne pouvons pas leur refuser d’être des objets d’amour et de compassion.

 

Autrefois, il n’existait pas de gigantesques batteries d’élevages de volailles. Elles ont fait leur apparition dans les pays riches sous la pression du développement économique. Tous les restaurants proposent à leur menu de la viande de poulet. Réfléchissez aux conditions dans lesquelles ils sont élevés, leurs souffrances, les peurs qu’ils endurent et combien ils sont vulnérables. Vous aurez mal au cœur, au point que cela ne soit plus supportable.

 

Pensez aux autres animaux qui vivent dans des conditions semblables: moutons, vaches, yaks, cochons, et, finalement les humains aussi. Ils veulent se délivrer de la douleur et ils en ont le droit. Mais ils continuent à souffrir sans le vouloir. Ressentez cette douleur sans fin et émettez le vœu qu’ils en soient libérés. Pratiquez de cette manière.

 

Intéressez-vous aux personnes nuisibles

 

Concentrons-nous sur les êtres vivants dont les méfaits sont notoires. Qu’ils souffrent ou pas, à cause de leurs actes, ils se préparent à souffrir dans le futur, et ainsi, ils pourront aussi devenir des objets de compassion.

 

Intéressez-vous aux personnes perverties par le pouvoir

 

Si vous avez déterminé avec succès, lors du niveau intermédiaire de la pratique, les trois types de souffrance (les douleurs physiques et mentales, la souffrance du changement, et la souffrance omniprésente conditionnante) de cette vie présente, il est alors aisé de comprendre que des personnes sont perverties par l’influence de notions erronées qui laissent entrevoir les plaisirs mondains comme les expressions du véritable bonheur. (Comme je l’ai expliqué auparavant, ce sont de parfaits exemples de souffrance en lien avec le changement.) Ils sont sous l’emprise puissante des idées aliénantes, dépossédés de leur propre pouvoir, et en proie à l’autodestruction. Pensez:

 

Peu importe l’individu sur qui on se penche, il apparaît que des personnes, pourtant puissantes, sont dans le mensonge. Elles sont sous l’emprise des attitudes négatives, préparant leur autodestruction. Dans quelle dérive sont-elles ? Si cette personne pouvait se libérer de la souffrance et de ses causes, ce serait merveilleux !

 

S’intéresser au perdant et au gagnant

 

Lorsqu’une personne est violentée par une autre, nous plaignons la personne battue et notre colère s’abat sur l’agresseur. La douleur du perdant est criante, mais nous ne prêtons pas attention à la grande souffrance que l’attaquant endurera dans le futur, à cause de l’empreinte karmique qui s’accumule, après un acte si méprisable.  Le perdant vient de subir le fruit d’un acte négatif réalisé antérieurement, et n’aura plus à en souffrir ultérieurement. Pour l’agresseur, ce nouveau karma sera la cause, pour lui ou elle, de vivre à travers plusieurs vies la souffrance, fruit d’un acte cruel. Nous devons, en fonction de ce point de vue, avoir une grande compassion pour l’auteur du méfait.

 

La capacité à penser comme cela ouvre le chemin vers la pratique de la patience. Par exemple, une personne vous fait du mal. Vous réfléchissez et concluez qu’il s’agit de la maturation d’un acte malencontreux commis précédemment. Et le karma est purifié de cette action. Mais la personne qui vous a attaqué a accumulé un karma négatif qui produira son fruit. Avec cet état d’esprit, c’est l’agresseur qu’il faut plaindre. Plutôt que de la colère, cette personne demande de la compassion. Vous vous engagez ainsi sur la voie qui permet de générer facilement la patience, le pardon et la tolérance.

 

Méditation contemplative

 

La compassion, comme l’amour chaleureux, est d’abord cultivée envers vos amis, puis les personnes neutres et ensuite les ennemis. Méditez à chacun de ces trois niveaux spirituels de la compassion jusqu’à ce que vous la ressentiez profondément.

 

1. Imaginez votre meilleur ami devant vous et méditez sur ce qui suit:

 

- Cette personne recherche le bonheur et veut s’affranchir de la douleur mentale ou physique, de la souffrance du changement et de la souffrance omniprésente conditionnante. Comme cela serait bien, si cette personne pouvait au moins se délivrer de la souffrance et de ses causes!

 

- Cette personne recherche le bonheur et veut s’affranchir de la douleur mentale ou physique, de la souffrance du changement et de la souffrance omniprésente conditionnante. Puisse-t-il ou elle se délivrer de la souffrance et de ses causes!

 

- Cette personne recherche le bonheur et veut s’affranchir de la douleur mentale ou physique, de la souffrance du changement et de la souffrance omniprésente conditionnante. Je ferai tout ce que je peux pour qu’elle ou il se libère de la souffrance et de ses causes!

 

2. Élargissez la réflexion méditative à plus d’amis, un par un.

 

3. Imaginez une personne neutre devant vous et méditez à chacun des trois niveaux spirituels de la compassion jusqu’à ce que vous la ressentiez profondément.

 

4. Élargissez la réflexion méditative à d’autres personnes neutres, une par une.

 

5. Imaginez l’ennemi le plus inoffensif devant vous et méditez à chacun des trois niveaux spirituels de la compassion jusqu’à ce que vous la ressentiez profondément.

 

6. Élargissez la réflexion méditative à d’autres ennemis, un par un.

 

La pratique progressive

 

En vous consacrant, jour après jour, au développement du sentiment de la compassion, à un moment une forte sympathie et une profonde empathie pour les êtres vivants sont atteintes. Cela marque la réalisation de la grande compassion. Dans Les Étapes de la méditation, Kamalashila dit:

 

Lorsque la compassion est ressentie spontanément, avec le souhait d’éliminer la souffrance des êtres vivants – comme un mère qui désire soulager son enfant chéri de la maladie -, alors la compassion est entière. Pour cela, elle est surnommée la grande compassion.

 

Puisque les inclinations erronées à l’égocentrisme sont enracinées dans le mental, pratiquez cet exercice au cours de séances de méditation, mais aussi lors de vis activités quotidiennes. Tsongkhapa dit

 

Le continuum mental a été imprégné depuis des temps incommensurables par le flot amer des émotions aliénantes. Ainsi, rien ne changera si vous ne vous consacrez pas à la pratique de l’amour chaleureux, de la compassion, etc..., à chaque instant. Pour cela, poursuivez votre méditation sans relâche.

 

Sa Sainteté le Dalai-Lama

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