La Bodhicitta

« Travailler au bien-être des autres est un moyen d’accomplir le sien en suivant la voie. »

Tsongkhapa

His Holiness the Dalai Lama during the third day of his teachings at Ganden Jangtse Monastery in Mundgod, Karnataka, India on December 25, 2014. Photo/Tenzin Choejor/OHHDL www.dalailama.com

*** Mahayana

L'obtention du bonheur permanent pour soi par la pratique du petit véhicule, le Hinayana (petite et moyenne capacités) n'est pas négligeable.  Toutefois, le Nirvana ne constitue pas la finalité, but suprême de la Voie.  Bien que nous soyons libérés de toute emprise émotionnelle, une multitude infinie d'êtres sensibles nous entourent et nous apportent soutien, mais nous n'avons encore rien fait de concret pour leur venir en aide.  

 

Le pratiquant de grande capacité (ceux du grand véhicule, le Mahayana) cherche à se débarasser des voiles à la connaissance, afin de pouvoir venir en aide à tous ces êtres prisonniers du samsara.  Muni d'un esprit d'éveil enraciné dans un amour universel et une grande compassion pour l'infinité des êtres sensibles, le boddhisattva peut finalement atteindre le but le plus haut : le plein éveil, la bouddhéité, l'Illumination.

 

L'esprit d'éveil

 

Bodhicitta, littéralement : "Esprit d'Éveil" a souvent été traduit par "compassion",  il s'agit d'une traduction un peu réductrice. Compassion peut se traduire par "souffrir avec", pâtir d'une situation avec quelqu'un, ce qui peut être moralement.

 

En fait, l'esprit d'éveil va beaucoup plus loin. Au-delà du fait même de prendre conscience de la souffrance de l'autre, il implique un engagement personnel pour en chercher la résolution. Résolution qui peut n'être que temporaire en ce qui concerne un besoin immédiat, ou ultime lorsqu'on recherche la cessation complète de la souffrance.

 

L'aide temporaire est l'une de celles définies dans la perfection de la générosité. Elle va du soutien matériel à l'aide psychologique. Elle a son importance, bien qu'elle soit moins employée par l'assemblée des religieux qui pensent plus à la libération et à l'éveil des êtres qu'à panser leurs plaies. Ceux qui ne connaissent pas les causes réelles de la souffrance ne s'appliqueront qu'à apaiser les maux du corps et de l'ego.

 

En fait, l'aide temporaire peut très bien aller de pair avec une aide à plus long terme et s'allier à cette dernière. D'abord on calme la douleur, ensuite on soigne la cause. On pacifie l'esprit, puis on analyse la perturbation et on la reconnaît comme manifestation d'un attachement, d'une saisie,d'un résultat de l'ignorance. On évolue ensuite vers le non-attachement par un travail sur le non-soi et la vacuité.

L'esprit d'éveil se manifeste comme un élargissement de notre état de conscience, comme si le sommet de notre crâne s'ouvrait pour permettre à l'esprit d'entrer en contact avec tous les êtres.

 

Une fois cette connexion établie et que l'on a bien compris et ressenti la nécessité de venir en aide à un nombre incalculable d'êtres qui sont plongés dans la souffrance, on peut se rendre compte de nos limites, de nos difficultés à répondre à cette demande immense. On prend alors la décision de s'engager dans un chemin qui permet d'évoluer spirituellement, d'acquérir sagesse et méthode, de venir en aide là où il le faut, quand il le faut, et comme il le faut.

 

Par cette prise de conscience, une forme de vigilance particulière s'éveille dans notre esprit. Nous devenons alors réellement attentif aux autres. C'est une attention de tous les instants, qui nous permet de repérer les besoins des êtres et d'essayer d'y pallier. Et à chaque fois que cela semble impossible, s'éveille alors le souhait de tout mettre en oeuvre pour y arriver.

 

L'esprit d'éveil est une prise de conscience de la souffrance des autres, de notre capacité limitée d'y répondre, de l'engagement d'évoluer personnellement vers l'acquisition des moyens de porter les êtres vers la libération et l'éveil.

Pour nous permettre d'évoluer vers l'état de pratiquant et de détenteur de l'esprit d'éveil, ou bodhicitta, un certain nombre de voeux peuvent être pris, qui sont les voeux du boddhisatva.

 

On pourrait dire que lorsqu'on a une motivation juste, il est impardonnable de ne pas s'engager dans une action si on a les capacités de le faire. On peut ne pas agir par paresse, orgueil, jalousie, ou à cause d'autres sentiments du même genre. Nous devons tout mettre en oeuvre pour venir en aide aux autres, en fonction de nos possibilités.

 

Le boddhisattva prend de nombreux voeux qui peuvent, pour des débutants, être difficiles à retenir, à mémoriser. Mais une fois qu'on les a bien lus, qu'on en a bien compris le sens, il devient aisé de ne pas les transgresser. Une fois la motivation de base bien saisie, dès qu'une situation arrive elle met en jeu l'aide sollicitée par d'autres et notre bon vouloir, la réflexion se met en marche, l'analyse suit, on recherche la réponse la mieux adaptée en sachant qu'on ne doit pas abandonner quelqu'un  par simple paresse ou à cause de d'autres facteurs négatifs.

 

L'esprit d'éveil est une vigilance permanente tournée vers l'autre. On doit se demander à chaque instant, comment puis-je agir pour le bien des autres ?

Cela ne veut pas dire que l'on doive s'oublier et ne plus penser à soi, car la qualité de l'aide qu'on apporte aux autres dépend de nos propres capacités. Plus nous progressons sur le chemin mieux nous pouvons aider les autres. De notre développement dépend la qualité de notre travail. Certains voeux du bodhisattva y font référence en cherchant à  progresser plus rapidement.

 

Il faut être honnête avec soi-même et avec les autres, bannir le mensonge et la complaisance de notre fonctionnement général. Pour cela, il faut étudier le mode de fonctionnement de l'esprit et des facteurs mentaux, et connaître leurs modes d'apparition et leurs manifestations. Il est important de s'adonner régulièrement à la méditation, à l'analyse de sujets comme la "compassion, l'esprit d'éveil, les six perfections", etc ...

 

Le travail spirituel en général ne devrait pas connaître de pause. Nous ne pouvons pas dire à un moment donné: "Pouce! Pendant x temps je ne respecte plus mes engagements pour telle ou telle raison, et je reprendrai le tout plus tard". L'évolution dans le Grand Véhicule ne se fait pas comme celle d'un parcours professionnel : pas d'année sabbatique, ou de congé exceptionnel ! L'avancement doit se faire à notre rythme, en fonction de nos possibilités sans retour en arrière. Si nous tombons, nous devons nous relever et poursuivre notre chemin. Il ne faut pas penser : "Je suis tombé une fois, j'abandonne, je ne peux pas !". Quelqu'un qui se connaît bien, connaît ses forces et ses faiblesses, et doit travailler avec elles. Rien ne sert de nous torturer l'esprit parce que nous n'avons pas encore atteint tel ou tel niveau de réalisation. Il faut accepter d'être là où on est rendu, en conservant la motivation de progresser et d'évoluer.

 

Cette acceptation de notre état actuel ne doit toutefois pas être de la complaisance. J'accepte d'être là où j'en suis, mais je prends sans cesse l'engagement d'avancer, de tout mettre en oeuvre pour progresser ... pour pouvoir sans cesse mieux aider les autres.

 

Méditation contemplative de Sa Sainteté le Dalai-Lama et plus d'information à ce lien.

 

En considérant que :

 

1. Nous préférons lire les autobiographies d’auteurs motivés par l’altruisme, plutôt qu’.couter les parcours de vie de personnes dont les agissements ont nui aux autres et provoquent la peur et l’appréhension.

 

2. Un bel état d’esprit intérieur vaut mieux que la beauté physique.

 

3. Vous êtes le seul à pouvoir parfaire votre mental.

 

4. Travailler à réaliser le bien-être des autres permet l’accomplissement du vôtre sur la voie.

 

5. Il ne faut pas vous désintéresser de votre développement personnel, mais arrêter de vous chérir égoïstement, ce qui provoque une concentration mentale dirigée presque exclusivement sur vous-même.

 

6. Le désir fait échouer le regroupement de ce qui est favorable pour vous-même, car ce sentiment est subjectif et absurde. Dans le désir, la sensation d’affection pour l’autre est négative, car nous laissons la haine, fût-elle infime, s’immiscer.

 

7. L’altruisme est un moyen particulièrement efficace pour rassembler des facteurs bénéfiques, car il agit en accord avec sa véritable nature d’interdépendance, qui le cœur de la relation sociale.

 

8. Le vrai bonheur et la véritable libération de la souffrance ne se réalisent qu’avec une vue élargie, et non avec une perspective restreinte.

 

9. Dans la haine et le désir, votre perception est limitée. Se concentrer sur un élément particulier confine à un problème parmi d’autres, vous n’avez plus d’ouverture d’esprit.

 

10. Les émotions aliénantes ont besoin d’une cible précise pour se manifester : le soi existant, apparemment réel et véritable, autonome.

 

11. Plus la vision est élargie, plus grande est la capacité à construire quelque chose de positif ou de surmonter ce qui est négatif.

 

12. Se centrer sur soi est le problème ; avoir de l’empathie pour les autres est la solution.

 

13. L’interdépendance est applicable à bien des champs d’activité, car elle procure une vision holistique. L’altruisme est le portail à franchir pour avoir cette vue élargie.

 

14. Au moment où vous êtes seulement centré sur « je », la peur ou l’anxiété qui vous motive aliène le mental, et provoque parfois des troubles physiques.

 

15. Le monde se transformera si chacun de nous modifie son état d’esprit ; ce changement s’étendra d’individu à individu.

 

16. La voie qui conduit à un niveau supérieur de la pratique spirituelle ouvre vers le développement altruiste à un degré où la recherche de l’éveil afin de servir les autres devient, en fait, une motivation spontanée et profonde pour tout ce qui est entrepris.

 

 

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